JEUDI SAINT – 2 avril 2026

Des lectures de ce Jeudi Saint, certains éléments communs résonnent en moi : que nous disent ces signes aujourd’hui ? Quelle Bonne Nouvelle nous est annoncée ?
Le passage de Dieu dans la nuit : « Je passerai cette nuit dans le pays d’Égypte » (Ex 12,12). « Le Seigneur Jésus, la nuit où il fut livré… » (1 Co 11,23b) ; le passage qui suit le lavement des pieds se termine ainsi : « il faisait nuit » (Jn 13,30b). Les disciples ont ressenti le poids de cette nuit, de leurs propres obscurités, doutes et incompréhensions. Pourtant, cette nuit fut le théâtre de la victoire de Dieu ; et, d’un point de vue astronomique, elle est éclairée par une pleine lune (de l’équinoxe) : « Il n’y a plus de nuit, tu es lumière ». Une fois de plus, Dieu nous montre que rien ne lui échappe. Dieu « franchit » nos nuits ; même là, son amour et sa présence nous rejoignent : « même la ténèbre n’est pas ténèbre pour toi, la nuit est claire comme le jour ».
Le repas : Dans l’Exode, Dieu demande de manger à la hâte, peut-être pour leur rappeler la condition dont ils allaient être libérés. Je me souviens d’un frère qui, lorsqu’on lui demandait ce qui nous caractérise comme congrégation, répondait avec humour : « manger vite ». Ainsi aujourd’hui, beaucoup de ceux qui travaillent toute la journée — dominés par le temps, la course, les allées et venues — mangent de cette manière et finissent par s’y habituer. Que ce « manger vite » ne soit pas l’esclavage de l’activisme, de l’individualisme, du refus de déléguer, d’une mission non partagée…, mais qu’il soit une hâte salvatrice, car « l’amour du Christ nous presse », et parce que nous sommes en sortie, marchant comme peuple.
Dans la traversée de l’Exode, les récits qui suivent la Pâque continuent de révéler des détails puissants et éloquents. Dieu répond à sa manière. Quatre cent trente ans d’attente (Ex 12,40), de quoi apaiser l’anxiété de notre temps. Et encore quarante ans à errer dans le désert. Il les fait même passer par le chemin le plus long pour qu’ils ne reviennent pas en arrière (Ex 13,17). Ils avaient sans doute raison de se plaindre : que voulait Dieu ? Quel était le sens ? Il n’est pas facile de comprendre les chemins du Seigneur : « ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant, mais tu comprendras plus tard ». Il ne nous reste que la confiance : qu’il y a un plan, une terre promise, une alliance, une vie nouvelle et pleine qui se réalise à la manière de Dieu.
Dans le Nouveau Testament, ce repas est mémoire, présence et pour tous. Saint Paul insiste sur la manière digne de participer au repas du Seigneur. Dans ce contexte, le lavement des pieds est un geste prophétique sans paroles, signe de don de soi et d’humilité. Judas et Pierre montrent qu’ils n’ont rien compris du messianisme que Jésus veut leur enseigner. Aucun ne veut que leur maître s’abaisse. Tous deux — et les autres en silence — ne comprennent pas ce que fait Jésus. Il s’identifie toujours au dernier ; son leadership vient d’en bas. Difficile à comprendre aussi aujourd’hui dans une mentalité de réussite.
La kénose : elle apparaît dans toute la liturgie de ce jour. Dieu s’abaisse jusqu’au peuple opprimé. Jésus se met à nos pieds, s’agenouille devant nous. Il devient serviteur, se dépouille de sa condition…, « il s’est abaissé… ». Mais il sait qui il est. Sa manière d’agir rappelle le paradoxe du Royaume de Dieu : « celui qui s’abaisse sera élevé ; celui qui meurt vivra ; celui qui perd sa vie à cause de moi la trouvera »… Jésus nous montre le chemin inverse : un ordre nouveau, un leadership nouveau, la révolution de l’amour.
Je pense au poème de Pedro Casaldáliga : « Mon corps est nourriture. Eucharistie fraternelle et subversive » ; une table partagée comme des frères et sœurs, sans distinctions, sans catégories ni rangs. Dans la même ligne que saint Paul : juifs, grecs, esclaves, maîtres, riches, pauvres… en « unité de classes » ; telle est la véritable Cène du Seigneur. Combien il nous est difficile aujourd’hui de comprendre et de vivre cela ; laisser de côté les rébellions, les egos, l’orgueil, les triomphalismes, les complexes de supériorité. À peine sentons-nous que nous sommes abaissés, nous réagissons ; nous ne supportons pas que l’on passe au-dessus de nous, nous voulons remettre à leur place ceux qui osent nous placer en dessous. Eucharistie fraternelle et subversive, d’un Dieu doux et humble de cœur.
Être disciples de Jésus, c’est aller à contre-courant, même contre nous-mêmes ; c’est nous plier pour un bien plus grand, car cela porte une semence de transformation, dans le silence, à partir du petit, ou dans la nuit. Seuls les simples, les humbles, les pacifiques, les libres, les « bienheureux »… peuvent comprendre et vivre selon cette logique.
Ces jours-ci, il est apparu sur les réseaux que la sixième saison de la série « The Chosen » est en cours de tournage. Les publications montrent ce que cela a signifié pour les acteurs et leur réalisateur de revivre chaque moment de la passion de Jésus ; ils l’ont ressenti dans leur propre chair. À force d’entendre ces lectures, nous pouvons tomber dans la tentation d’en banaliser le message, de nous y habituer, de penser que c’est toujours la même chose : « que peuvent-ils nous dire de nouveau ? », d’autant plus que nous connaissons déjà la fin. Nous sommes aujourd’hui ses disciples ; plaçons-nous dans un coin, accueillons ce mystère d’amour avec un cœur qui frissonne. Vivons cette Semaine Sainte comme si c’était la première fois, comme une Bonne Nouvelle.
Sr Patricia Contreras
Province Sainte Rose de Lima

Des lectures de ce Jeudi Saint, certains éléments communs résonnent en moi : que nous disent ces signes aujourd’hui ? Quelle Bonne Nouvelle nous est annoncée ?

Le passage de Dieu dans la nuit : « Je passerai cette nuit dans le pays d’Égypte » (Ex 12,12). « Le Seigneur Jésus, la nuit où il fut livré… » (1 Co 11,23b) ; le passage qui suit le lavement des pieds se termine ainsi : « il faisait nuit » (Jn 13,30b). Les disciples ont ressenti le poids de cette nuit, de leurs propres obscurités, doutes et incompréhensions. Pourtant, cette nuit fut le théâtre de la victoire de Dieu ; et, d’un point de vue astronomique, elle est éclairée par une pleine lune (de l’équinoxe) : « Il n’y a plus de nuit, tu es lumière ». Une fois de plus, Dieu nous montre que rien ne lui échappe. Dieu « franchit » nos nuits ; même là, son amour et sa présence nous rejoignent : « même la ténèbre n’est pas ténèbre pour toi, la nuit est claire comme le jour ».

Le repas : Dans l’Exode, Dieu demande de manger à la hâte, peut-être pour leur rappeler la condition dont ils allaient être libérés. Je me souviens d’un frère qui, lorsqu’on lui demandait ce qui nous caractérise comme congrégation, répondait avec humour : « manger vite ». Ainsi aujourd’hui, beaucoup de ceux qui travaillent toute la journée — dominés par le temps, la course, les allées et venues — mangent de cette manière et finissent par s’y habituer. Que ce « manger vite » ne soit pas l’esclavage de l’activisme, de l’individualisme, du refus de déléguer, d’une mission non partagée…, mais qu’il soit une hâte salvatrice, car « l’amour du Christ nous presse », et parce que nous sommes en sortie, marchant comme peuple.

Dans la traversée de l’Exode, les récits qui suivent la Pâque continuent de révéler des détails puissants et éloquents. Dieu répond à sa manière. Quatre cent trente ans d’attente (Ex 12,40), de quoi apaiser l’anxiété de notre temps. Et encore quarante ans à errer dans le désert. Il les fait même passer par le chemin le plus long pour qu’ils ne reviennent pas en arrière (Ex 13,17). Ils avaient sans doute raison de se plaindre : que voulait Dieu ? Quel était le sens ? Il n’est pas facile de comprendre les chemins du Seigneur : « ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant, mais tu comprendras plus tard ». Il ne nous reste que la confiance : qu’il y a un plan, une terre promise, une alliance, une vie nouvelle et pleine qui se réalise à la manière de Dieu.

Dans le Nouveau Testament, ce repas est mémoire, présence et pour tous. Saint Paul insiste sur la manière digne de participer au repas du Seigneur. Dans ce contexte, le lavement des pieds est un geste prophétique sans paroles, signe de don de soi et d’humilité. Judas et Pierre montrent qu’ils n’ont rien compris du messianisme que Jésus veut leur enseigner. Aucun ne veut que leur maître s’abaisse. Tous deux — et les autres en silence — ne comprennent pas ce que fait Jésus. Il s’identifie toujours au dernier ; son leadership vient d’en bas. Difficile à comprendre aussi aujourd’hui dans une mentalité de réussite.

La kénose : elle apparaît dans toute la liturgie de ce jour. Dieu s’abaisse jusqu’au peuple opprimé. Jésus se met à nos pieds, s’agenouille devant nous. Il devient serviteur, se dépouille de sa condition…, « il s’est abaissé… ». Mais il sait qui il est. Sa manière d’agir rappelle le paradoxe du Royaume de Dieu : « celui qui s’abaisse sera élevé ; celui qui meurt vivra ; celui qui perd sa vie à cause de moi la trouvera »… Jésus nous montre le chemin inverse : un ordre nouveau, un leadership nouveau, la révolution de l’amour.

Je pense au poème de Pedro Casaldáliga : « Mon corps est nourriture. Eucharistie fraternelle et subversive » ; une table partagée comme des frères et sœurs, sans distinctions, sans catégories ni rangs. Dans la même ligne que saint Paul : juifs, grecs, esclaves, maîtres, riches, pauvres… en « unité de classes » ; telle est la véritable Cène du Seigneur. Combien il nous est difficile aujourd’hui de comprendre et de vivre cela ; laisser de côté les rébellions, les egos, l’orgueil, les triomphalismes, les complexes de supériorité. À peine sentons-nous que nous sommes abaissés, nous réagissons ; nous ne supportons pas que l’on passe au-dessus de nous, nous voulons remettre à leur place ceux qui osent nous placer en dessous. Eucharistie fraternelle et subversive, d’un Dieu doux et humble de cœur.

Être disciples de Jésus, c’est aller à contre-courant, même contre nous-mêmes ; c’est nous plier pour un bien plus grand, car cela porte une semence de transformation, dans le silence, à partir du petit, ou dans la nuit. Seuls les simples, les humbles, les pacifiques, les libres, les « bienheureux »… peuvent comprendre et vivre selon cette logique.

Ces jours-ci, il est apparu sur les réseaux que la sixième saison de la série « The Chosen » est en cours de tournage. Les publications montrent ce que cela a signifié pour les acteurs et leur réalisateur de revivre chaque moment de la passion de Jésus ; ils l’ont ressenti dans leur propre chair. À force d’entendre ces lectures, nous pouvons tomber dans la tentation d’en banaliser le message, de nous y habituer, de penser que c’est toujours la même chose : « que peuvent-ils nous dire de nouveau ? », d’autant plus que nous connaissons déjà la fin. Nous sommes aujourd’hui ses disciples ; plaçons-nous dans un coin, accueillons ce mystère d’amour avec un cœur qui frissonne. Vivons cette Semaine Sainte comme si c’était la première fois, comme une Bonne Nouvelle.

Sr Patricia Contreras
Province Sainte Rose de Lima

AUX SŒURS DOMINICAINES DE L’ANUNCIATA

AUX SŒURS DOMINICAINES DE L’ANUNCIATA

Avec une grande joie, nous partageons ce beau message écrit par les élèves du Complexe Éducatif Fray Martín de Porres, El Salvador. Elles y expriment leur profonde gratitude et leur admiration envers les Sœurs Dominicaines de l'Annonciation pour leur dévouement, leur...

MERCOLEDI DES CENDRES

MERCOLEDI DES CENDRES

Le Carême est une olympiade d'amour, un chemin de conversion parcouru pieds nus, comme un itinéraire vers la Pâque. Il nous ouvre la porte à un long temps de marche, de pèlerinage à travers notre monde intérieur, à travers la trace que nous laissons dans les vies des...

VIII Dimanche du Temps Ordinaire

VIII Dimanche du Temps Ordinaire

"Être sincères et cohérents avec nous-mêmes et avec les autres" Les lectures de ce dimanche nous invitent à réfléchir sur l'importance de la cohérence entre nos paroles et nos actions, qui sont le fruit de ce que nous sommes. Le livre de l’Ecclésiastique souligne...

Nous présentons le logo du Double Jubilé !

Nous présentons le logo du Double Jubilé !

Ce logo commémoratif résume l’essence du Jubilé de l’Espérance célébré par toute l’Eglise et le 150ème anniversaire de la Pâque de Saint François Coll, notre fondateur. Chaque élément visuel est un symbole qui nous parle de la vie, de la mission et de l’héritage du...

XIXe Dimanche du Temps Ordinaire – 9 août 2026

XIXe Dimanche du Temps Ordinaire – 9 août 2026

En ce dimanche 9 août, le prophète Élie découvre la présence de Dieu dans la brise légère. Cette expérience nous invite à apprécier le silence afin de reconnaître la présence du Seigneur là où tout est enveloppé de calme, où la brise délicate nous rappelle que l'amour...

XVIIIe dimanche du Temps ordinaire – 2 août 2026  

XVIIIe dimanche du Temps ordinaire – 2 août 2026  

Évangile : Mt 14, 13-21 L’Évangile de ce dimanche nous montre le cœur compatissant de Dieu, qui devance nos besoins et rassasie la faim la plus profonde de l’être humain. Nous lisons : « En débarquant, Jésus vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion...

XVIIe DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – 26 juillet 2026

XVIIe DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE – 26 juillet 2026

Dès que l’on commence à parler du sens du temps, de la patience nécessaire pour que puisse germer le Royaume, beaucoup sont tentés de sombrer dans une forme d’indifférence spirituelle car pour eux, il suffirait de laisser les choses évoluer d’elles-mêmes, tout finira...

Publicado:

Avr 2, 2026