«Celui qui ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple.»
Jésus chemine vers Jérusalem, ultime étape de sa mission où l’attend le mystère pascal : il sera jugé, mis à mort et enseveli, pour ensuite ressusciter dans la gloire. Tout au long de cette route, sa présence et son enseignement accompagnent le peuple qui vient à sa rencontre.
Dans les passages précédents, il est relaté comment les convives se récusent successivement en déclinant l’invitation au festin. Pourtant, le banquet est déjà préparé ; le maître envoie alors ses serviteurs sur les routes et les places publiques, afin que sa maison soit remplie. Cet empressement montre l’urgence du salut : la grâce offerte, le Kairos – ce moment favorable et décisif du Royaume de Dieu – ne saurait être différé.
Déjà, le dimanche précédent, Jésus nous instruisait sur l’attitude du cœur qui convient à ses disciples, en nous exhortant à fuir l’orgueil qui recherche les premières places. Il nous invitait plutôt à une charité désintéressée : « Lorsque tu donnes un festin, invite les pauvres, les estropiés… ; alors tu seras heureux, précisément parce qu’ils ne peuvent te le rendre. La récompense, elle, te sera donnée lors de la résurrection des justes. »
En ce XXIIIe Dimanche du Temps Ordinaire, l’Évangile nous présente Jésus en pèlerinage vers Jérusalem, accompagné par une foule nombreuse. Se retournant vers elle, Il lui adresse cette parole exigeante : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère… et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Lc 14, 26).
Par cette expression forte, le Christ pose la condition radicale du disciple : un attachement premier et sans partage à Sa personne et à la venue du Règne de Dieu. Il s’agit d’un détachement libérateur qui ordonne tous les autres amours, appelle à renoncer à soi-même et à transcender tout égoïsme. Cette exigence dessine le chemin d’une conversion permanente, processus toujours en cours où le croyant, soutenu par la communauté ecclésiale, se construit comme disciple.
Poursuivant son enseignement, le Maître ajoute : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut être mon disciple » (Lc 14, 27). Le disciple est ainsi invité à embrasser sa propre croix, en suivant les pas de Celui qui, le premier, a porté la croix de l’humanité tout entière et la nôtre par là même. Pour nous, cette croix quotidienne est celle de la fidélité à l’Évangile, surtout lorsque le poids des épreuves se fait sentir. Nous la portons non par nos propres forces, mais en nous confiant à Celui qui nous a aimés le premier. C’est dans la certitude de son amour, de sa bonté et de sa miséricorde que nous pouvons, jour après jour, renouveler le don de nous-mêmes et aimer par-delà les circonstances.
Les versets 28 à 32 montrent de manière concrète, l’impérieuse nécessité de la réflexion préalable à tout engagement. De la même manière, notre suite du Christ ne saurait être naïve ou passive ; elle se veut active, confiante, sérieuse et responsable. Pour cela, il faut une constante et courageuse remise en question. Cette exigence atteint son paroxysme lorsque, en certaines circonstances, le disciple est appelé au témoignage suprême du martyre. Dans le quotidien plus ordinaire, cependant, suivre le Christ est un engagement de chaque instant qui s’inscrit dans la durée d’une vie : c’est s’offrir jour après jour, non pas seulement comme un renoncement, mais comme un don d’amour pour le prochain.
Enfin, le verset 33 affirme que le disciple doit consentir à se détacher de tous ses biens pour suivre le Christ, afin de préserver la totale intégrité de son cœur pour Dieu. Le Seigneur réclame un cœur affranchi de toute attache, pleinement disponible pour aimer, servir et partager.
Chacun pourrait se demander : quelle place réelle Jésus occupe-t-il dans mon existence ? Suis-je disposé(e) à L’établir au centre absolu de ma vie, même si je devrai pour cela consentir à des renoncements et affronter des incompréhensions ?
Mais ne nous décourageons pas: suivre le Christ dans la fidélité est d’abord une grâce et un don. C’est Lui qui forme le disciple à un amour radical qui ouvre les portes de la véritable liberté.
Sœur Fanny Calderón Pérez
Province Sainte Rose de Lima













