HOMÉLIE – 150e ANNIVERSAIRE DE LA PÂQUE DE SAINT FRANÇOIS COLL

Avr 5, 2025 | New

Vic, 2 avril 2025
« Saint François Coll, pèlerin et prophète de l’espérance »

Chères sœurs dominicaines de l’Annonciation, Sœur Ana Belén, prieure générale, salutations aux prieures provinciales, aux conseils général et provincial, et à toutes les personnes connectées en ligne à cette célébration. Chers frères et amis de la Congrégation,

Nous célébrons avec grande joie et allégresse le 150e anniversaire de la Pâque de saint François Coll, votre saint fondateur. C’est un motif plus que suffisant pour rendre grâce à Dieu pour l’héritage humain et spirituel du Père Coll, mais aussi pour la vie et la mission de tant de sœurs dominicaines de l’Annonciation qui, dans tant de lieux du monde, font encore vivre son précieux legs à travers pays et continents. L’histoire de la Congrégation demeure vivante dans notre présent. C’est une joie que nous ne pouvons ni ne devons cacher. C’est pourquoi nous la célébrons avec la joie de la Pâque, une expérience de foi qui nous revitalise toujours et nous oriente à chaque moment présent.

La Pâque, comme le montre notre expérience de foi, a ces paroles gravées dans notre cœur. C’est une conviction : « En vérité, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » En célébrant les 150 ans de la Pâque de saint François Coll, nous pouvons nous interroger sur les fruits que sa mort a portés : quels fruits ont germé de sa Pâque ? Nous devons inévitablement tourner le regard vers la Congrégation qu’il a fondée : les Dominicaines de l’Annonciation. Il nous faut chercher la richesse de sa Pâque dans ses filles et dans les œuvres accomplies par elles. Voilà la prédication du Père Coll. Il continue de prêcher à travers ses filles. À travers les dominicaines de l’Annonciation. Aujourd’hui, nous célébrons précisément cela. C’est cela, la Pâque. La vie ne s’arrête pas. Elle traverse votre vocation, vos discernements et projets, vos œuvres et fondations. N’arrêtez pas cette Pâque. N’ayez pas peur de la mort de ce qui doit déjà mourir, afin que le grain de blé donne encore plus de fruit. Vous avez un avenir. La Pâque regarde toujours vers demain.

La Pâque du Père Coll nous conduit à trois mots incarnés dans la vie et la mission des sœurs dominicaines, des mots pleins de vie et d’espérance par le dynamisme qu’ils engendrent dans le quotidien de la Congrégation. Ces mots sont : éducation, passion et reconnaissance. Ces trois termes découlent de la biographie spirituelle de saint François Coll.

Éducation. On ne peut comprendre la mission éducative, dimension clé de votre charisme dominicain, sans se rappeler que l’éducation est toujours féconde, par ce qu’elle sème. Les enseignants et les catéchistes le savent bien. La salle de classe, la paroisse pour la catéchèse, sont toujours des champs de semence. Souvent, ils sèment sans voir la récolte. Mais ils savent que les heures de semis —parfois ardues et inconfortables— impliquent un effort continu, un investissement personnel. Ils s’y donnent car ils ne se recherchent pas eux-mêmes. L’éducateur, en semant dans ses élèves et catéchumènes, en les ouvrant à de nouveaux horizons, sait qu’il ne s’aime pas lui-même. « Si le grain de blé ne tombe pas en terre et ne meurt, il reste stérile ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » De nombreuses heures d’éducation peuvent nous sembler mortes ; mais elles font partie de la semence. L’éducation est toujours féconde. Elle greffe bien plus qu’elle ne gaspille.

Passion. La passion pour la Parole de Dieu. Lors de la canonisation du Père Coll, le 11 octobre 2009, le pape Benoît XVI affirma dans son homélie que le Père Coll avait une passion qui ne l’a jamais quitté dans sa vie de frère dominicain prédicateur : « conduire les personnes à une rencontre profonde avec Dieu par la prédication de sa Parole. Une rencontre qui mène à la conversion du cœur. » Prédicateur itinérant par excellence, il a pleinement accompli le mandat de l’apôtre, entendu dans la première lecture de la lettre à Timothée : « Proclame la Parole, insiste à temps et à contretemps. » Cette insistance, fruit de la fidélité et de la constance, est la Pâque de la Parole. La Parole de Dieu exige cette dynamique : insister à temps et à contretemps.

La Parole de Dieu ne communique réellement que lorsqu’elle touche le cœur, parce qu’il y a de la passion. Parce qu’elle provoque un changement, une conversion. Comment la Parole atteint-elle le cœur ? Pour y répondre, il faut réfléchir à une chose : pourquoi lisons-nous ou écrivons-nous des mots ? Pourquoi utilisons-nous des mots porteurs de sens, pour nous-mêmes et pour les autres ? Les raisons sont nombreuses : pour nous informer, pour apprendre, pour accomplir une tâche, pour exprimer un état d’âme ou une chose importante. Mais il y a une raison plus profonde encore : nous lisons et écrivons —nous utilisons des mots— parce que nous voulons changer. Le mot lu ou écrit peut nous aider à changer. Si ce mot est la Parole de Dieu —expérience religieuse vivante et message pour notre vie— alors cette Parole nous transforme de l’intérieur. La Parole devient rencontre, et cette rencontre mène à la conversion du cœur.

Saint François Coll fut un homme passionné de la Parole de Dieu. Sa prédication fut celle de la Parole. Il a vécu cette expérience que nous pouvons résumer aujourd’hui ainsi : pourquoi la Parole est-elle importante pour nous ? Parce qu’elle change notre vie.

Pour y parvenir, il faut de la passion. Il faut s’y investir avec constance. C’est une vocation. Certains, comme le Père Coll, parviennent à faire de leur vie un service à la Parole de Dieu. Nous savons que la Parole a un pouvoir de communication. Les biographes soulignent d’ailleurs chez Coll sa capacité à diriger et à communiquer. Tout l’effort de la Congrégation se concentre sur cela : transmettre la Parole de Dieu par l’éducation des enfants et des jeunes. Et aussi à travers d’autres formes apostoliques. Mais toujours avec le même objectif : éduquer et promouvoir la personne humaine, et en particulier la femme.

Reconnaissance. Le Père Coll était profondément reconnaissant envers la vie, envers sa vocation de frère dominicain, envers les personnes qu’il rencontrait. Il évoquait souvent ce qu’il vivait comme des expériences providentielles, avec gratitude. Ce qui l’a marqué fut cette intuition intérieure : « Toi, Coll, tu dois devenir dominicain. » Les grands esprits voient la vie sous un angle positif, c’est pourquoi ils sont reconnaissants. Celui qui rend grâce pour le don de la vie, pour les autres, pour le travail accompli, pour la présence des personnes, élargit son cœur. Les personnes reconnaissantes donnent plus d’importance à ce qu’elles reçoivent des autres qu’à ce qu’elles possèdent en elles-mêmes, et c’est pour cela qu’elles donnent vie aux années qu’elles traversent. Nous aimons davantage les personnes reconnaissantes parce qu’elles comptent sur nous, elles nous valorisent, nous rendent nécessaires, elles donnent de la vie aux années. Voilà la grandeur de la gratitude. Soyez, chères sœurs dominicaines de l’Annonciation, reconnaissantes comme l’était votre fondateur. Ainsi vous serez grandes comme lui. C’est aussi votre prédication. C’est votre espérance.

Fr. Jésus Díaz Sariego, OP
Prieur provincial – Province d’Hispania