« Prends ta croix et suis-moi » (Mt 16, 21-27)
La liturgie de ce vingt-deuxième dimanche du temps ordinaire nous invite à réfléchir sur ce que signifie vraiment être disciple de Jésus. Suivre le Christ ne consiste pas simplement à croire en Lui ou à marcher avec Lui lorsque la vie est facile. Cela signifie Lui faire confiance même lorsque nous ne comprenons pas son projet, nous abandonner à sa volonté et rester fidèles lorsque le chemin passe par la croix.
Dans la première lecture, Jérémie fait l’expérience de la souffrance liée à sa fidélité à Dieu. Il se sent rejeté et ridiculisé et pense même à abandonner sa mission prophétique. Pourtant, il ne peut pas rester silencieux, car la parole de Dieu est devenue en lui « comme un feu brûlant dans mon cœur ». Son expérience nous rappelle que la fidélité ne signifie pas que nous ne serons jamais fatigués ou découragés. Il peut y avoir des moments où nous voulons nous arrêter, mais l’appel de Dieu continue de brûler en nous et nous donne la force de persévérer.
Dans la deuxième lecture, saint Paul nous invite à « offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu ». Suivre Jésus signifie Lui offrir toute notre vie : nos joies, nos difficultés, notre travail, nos relations et nos sacrifices. Cela signifie aussi permettre à Dieu de renouveler notre intelligence, afin que nous apprenions à rechercher non seulement ce que nous désirons, mais ce qu’Il désire pour nous.
Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus révèle à ses disciples qu’Il doit aller à Jérusalem, souffrir, mourir et ressusciter. Pierre a du mal à l’accepter. Il aime Jésus, mais il ne peut pas comprendre que le projet de Dieu soit différent des attentes humaines. Jésus lui rappelle donc : « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ».
La réaction de Pierre peut aussi être la nôtre. Comme lui, nous pouvons vouloir suivre Jésus selon nos propres projets : une vie sans trop de difficultés, une vocation sans luttes, une communauté sans incompréhensions ou une mission sans sacrifices. Mais Jésus nous rappelle qu’être disciple implique le don de soi : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ».
Le chemin de la croix n’est pas un obstacle à la mission de Jésus ; c’est le chemin par lequel Il accomplit fidèlement la volonté du Père. Pierre, animé par son amour pour Jésus, mais pensant encore selon les attentes humaines, devient involontairement un obstacle à cette mission. Les paroles fermes de Jésus nous rappellent que Le suivre exige de renoncer à notre propre manière de penser et d’apprendre à faire confiance à la sagesse de Dieu.
Cet Évangile nous invite donc à nous demander : Est-ce que nous permettons au projet de Dieu de guider notre vie, ou voulons-nous parfois que Dieu suive nos propres projets ? Sommes-nous prêts à Lui abandonner nos désirs, nos attentes et nos projets personnels ?
Pour nous, personnes consacrées, ces questions deviennent très concrètes. Comment suivons-nous Jésus dans notre prière quotidienne, dans la vie communautaire, dans notre consécration et dans notre mission apostolique ? Sommes-nous prêts à accueillir les petites croix de chaque jour, avec patience, pardon, humilité et amour ? Notre vocation ne se vit pas seulement à travers de grands sacrifices, mais aussi à travers les petits actes de fidélité quotidienne.
Puissions-nous avoir le courage de dire chaque jour « oui » à la volonté de Dieu, en Lui confiant nos projets, nos peurs, nos difficultés et nos attentes. Puissions-nous prendre fidèlement notre croix, suivre Jésus et croire que son chemin, même lorsqu’il est difficile, nous conduit à la vraie vie.
Sr. Maria Tran Thi Hong Thach OP
Province de Saint Raymond de Peñafort













