Nous voici parvenus au vingt-sixième dimanche du temps ordinaire, année A. Le temps ordinaire n’a rien d’ordinaire pour celui qui écoute vraiment la Parole. Chaque dimanche est une nouvelle invitation, un nouvel appel à la conversion. En ce jour, l’Église, notre mère, nous parle de conversion, d’humilité et de vérité. Le thème qui traverse ces lectures est simple, et pourtant redoutable : Dieu ne juge pas nos paroles, mais nos actes. Il ne regarde pas notre passé figé, mais notre présent vivant.
Dans la première lecture, le prophète Ézéchiel commence par une parole provocatrice. En effet, le peuple accuse Dieu. Il dit : « La conduite du Seigneur n’est pas la bonne. » Et pourtant, Dieu ne se fâche pas. Il répond avec patience. Il renverse la question : « N’est-ce pas plutôt la vôtre ? » En effet, ce texte d’Ézéchiel naît pendant l’exil. Le peuple portait alors un proverbe amer : les pères ont péché, les fils en paient le prix. Ézéchiel brise cette fatalité et proclame la vérité que voici : chacun répond de sa propre conduite. Oui, chacun, aujourd’hui, devant Dieu. « Si le méchant se détourne de sa méchanceté… il sauvera sa vie. » Voilà « l’évangile » avant l’Évangile. Aucune chute n’est définitive. Aucun passé n’enferme. Seul compte le mouvement du cœur, maintenant.
Dans la deuxième lecture, saint Paul, dans sa lettre aux Philippiens, nous conduit plus loin encore. Il nous montre le modèle absolu de cette conversion : le Christ lui-même. « Ayant la condition de Dieu, il ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. » Le Fils de Dieu se vide de sa gloire. Il descend, il s’abaisse, il devient serviteur, il va jusqu’à la mort, la mort sur la croix. Ce cantique, très ancien, chanté par les premiers chrétiens, dessine un mouvement à deux temps : d’abord la descente, ensuite l’élévation. « C’est pourquoi Dieu l’a exalté. » Le Christ ne revendique rien. Il reçoit tout. Voilà le paradoxe de la foi : celui qui s’abaisse est celui que Dieu élève.
L’Évangile, enfin, nous place devant une image presque puérile : deux fils, une vigne, un père. Le premier dit non, puis il obéit. Le second dit oui, puis il n’obéit pas. La parabole visait les grands prêtres. Elle visait les anciens du peuple. Ceux-là mêmes qui se croyaient justes. Et Jésus leur assène cette terrible parole : « Les publicains et les prostituées vous précèderont dans le royaume de Dieu. » Le Seigneur ne préfère pas les pécheurs repentis aux justes. Il préfère les cœurs convertis. Le « oui » sans les actes ne vaut rien. Le « non » suivi de conversion vaut tout.
Ainsi, la méditation de ce jour nous invite d’abord à examiner nos propres « oui ». Combien de fois disons-nous « oui » à Dieu, sans jamais aller à la vigne ? Combien de promesses restent-elles stériles ? Il nous faut la vérité dans nos gestes et dans nos paroles, en ce moment même devant le Seigneur. Ensuite, croire à la possibilité du changement pour nous-mêmes et aussi pour les autres. N’enfermons personne dans son passé. N’enfermons pas notre propre cœur dans ses fautes anciennes. Revêtons-nous des dispositions du Christ et choisissons l’abaissement plutôt que la revendication, le service plutôt que les tables d’honneur, puis gardons-nous de tout mépris. Dieu élève les humbles de cœur. Que jamais nous ne jugions qui est proche ou loin du Royaume. Restons vigilants face à notre propre suffisance.
Frères et sœurs, la vigne nous attend. Le Père nous appelle. Que notre réponse ne soit pas seulement un mot. Qu’elle soit un pas, un geste, une vie tournée vers Lui.
Que le Seigneur nous donne cette grâce. Amen.

Sr Victoire Lafortune TCHATAT T.
Vicariat St François Coll













