Le Dieu des processus : de la cécité à la vision
En marchant pendant ce Carême vers Pâques, nous nous approchons déjà de la Pâque de Jésus. Nous avons parcouru plus de la moitié du chemin de Carême et nous sommes tout proches de célébrer la Pâque du Seigneur, ce qui suscite en nous une joyeuse espérance. C’est pourquoi nous célébrons aujourd’hui le dimanche « Laetare », dimanche de la joie.
Il fait partie de notre expérience humaine de marcher en pleine lumière du jour et de marcher dans l’obscurité de la nuit. Si nous marchons de jour, nous voyons clairement ; si nous marchons de nuit, la vision se limite ou devient impossible. Ainsi, l’expérience nous enseigne que nous avons besoin de la lumière pour voir clairement.
Il en va de même lorsque nous voulons comprendre et parvenir à la vérité des choses et des situations. Si nous le faisons avec un regard rapide et immédiat, la conclusion à laquelle nous arrivons ne sera pas exempte de superficialité et d’apparence. En revanche, si nous le faisons avec un regard contemplatif et réfléchi, qui va au-delà de l’immédiat, la conclusion sera plus profonde, plus juste et moins erronée. Qui ne s’est pas trompé en jugeant ou en donnant son opinion sans avoir auparavant laissé place à l’écoute et à la réflexion ?
Nous avons donc besoin de cette lumière intérieure qui nous permette de voir clairement. Car voir, nous voyons. Mais que voyons-nous ? Comment est notre regard ? Le prophète Samuel lui-même, cherchant le futur roi qu’il devait oindre, lorsqu’il vit Éliab, pensa : « Sûrement c’est lui l’oint du Seigneur », car son apparence correspondait à l’idée qu’il se faisait d’un roi. Mais le Seigneur lui-même l’éclaira et l’éduqua : « Ne considère pas son apparence ni la hauteur de sa taille, car je l’ai rejeté. Dieu ne regarde pas comme regarde l’homme : l’homme voit les apparences, mais Dieu voit le cœur ». Comme Samuel, nous sommes appelés à voir « au-delà » de ce qui est apparent et superficiel. Nous sommes appelés à regarder à l’image du regard de Dieu. Samuel a dû faire son propre chemin intérieur pour « améliorer sa vision » et l’ajuster à celle de Dieu.
Dans l’Évangile d’aujourd’hui apparaît Jésus qui « voit » un homme aveugle de naissance. Et que voit-il ? Certainement pas un « pécheur », comme l’ont vu ses disciples, mais un homme capable de manifester en lui les œuvres de Dieu.
Alors commence le processus de la vision. Jésus « vit », « cracha par terre », « fit de la boue », « l’appliqua sur ses yeux » et « lui dit : va te laver ». Le processus commence par le regard de Jésus, puis se poursuit par ses gestes et ses paroles. Devant cela, l’aveugle s’ouvre au processus et collabore : « il alla », « se lava », « revint », « vit », puis « rendit témoignage » et « professa sa foi » en Jésus devant qui il se prosterna.
Le processus de Samuel et celui de l’aveugle-né est notre propre processus comme baptisés et disciples de Jésus. C’est un processus d’illumination et de transformation intérieure qui ne peut s’activer que dans la rencontre quotidienne avec Dieu, avec Jésus. Il est la Lumière et la Vie. Où allons-nous chercher la lumière pour nos confusions et nos nuits ? Bien souvent nous allons vers des lumières rapides, intenses et fugitives qui, après avoir été essayées, laissent encore plus d’obscurité.
Allons au cœur de Jésus, source de lumière inépuisable qui éclaire toute chose. Entrons en dialogue avec Jésus, en conversation avec sa Parole. Laissons-nous illuminer. Vers qui irons-nous ? Donnons-nous une chance en donnant à Dieu la possibilité de nous rencontrer. Appuyons en Lui notre espérance et notre vie en ces temps de violence, d’angoisse et de désespérance. Un peuple nouveau foule cette humanité : quelle lumière et quelle vie nouvelles apporte-t-il ? Quelle lumière donnerons-nous à ces enfants et à ces adolescents qui émergent aujourd’hui devant nos yeux ? Collaborons et provoquons des processus de vie et non des éclairs qui séduisent et disparaissent. Que Jésus soit notre Lumière, notre Pâque.
Sœur Susana Sívori
Province Sainte-Rose de Lima












